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[Islâm] Shaykh Ash Sharastanî (RAA) - Mise en Garde contre les Anthropomorphistes et les Karramites

Nous vous proposons un extrait d'un autre grand ouvrage de référence sur les sujet, le kitab al-milal wa an-nihal de l'imam ash-Sharastani, grand savant des 5e et 6e siècles de l'hégire contemporain de l'imam al-Ghazali. L'extrait est tiré du chapitre sur les sifatiyya - les Attributs Divins.



" Nombreux furent déjà parmi les Anciens (Salâf) ceux qui posaient l'existence d'Attributs prééternels en Allah, tels que la science, la puissance, la vie, la volonté, l'ouïe, la vue, la parole, la majesté, la magnificence, la générosité, la bienfaisance, la gloire et la grandeur. Les Anciens (Salâf) ne distinguaient pas entre les Attributs de l'essence et les Attributs de l'acte, et parlaient uniformément des uns et des autres. Ils admettaient pourtant l'existence d'attributs dits traditionnels, comme le visage ou les mains d'Allah, pour lesquels ils se gardaient de fournir la moindre exégèse, se bornant à dire que ces attributs sont présents dans les textes et qu'à ce titre il convenait de les appeler attributs traditionnels. Cependant, vint un moment où les Mu'tazilites, ayant entrepris de nier l'existence des Attributs divins, les traditionalistes en affirmèrent contre eux la réalité. C'est à partir de ce moment que les traditionalistes reçurent l'appellation de Partisans des Attributs divins (Sifâtiyya), tandis que les Mu'tazilites passaient pour ceux qui « dépouillaient » l'essence divine de ses Attributs.

Certains traditionalistes commirent alors des excès, allant jusqu'à assimiler les Attributs divins à ceux des créatures, tandis que d'autres se contentaient de ranger parmi les Attributs divins ceux qui correspondaient, en même temps qu'à la lettre des textes, à un verbe ou à un mode d'action. C'est à partir de cette situation que les traditionalistes se sont divisés en deux groupes : le premier tentait une exégèse, dans la mesure où cette dernière pouvait rester en accord avec la lettre du texte révélé, le second s'en tenait à une attitude d'expectative face à cette même exégèse. Cette attitude leur faisait dire
« Nous savons, en vertu des exigences de la raison, que nul ne peut être semblable à Allah ; en conséquence, Il ne peut ressembler à aucune de Ses créatures et aucune d'elles ne peut Lui ressembler. C'est la seule chose sur laquelle nous soyons affirmatifs, mais nous ignorons le sens exact du texte où cette affirmation se trouve exprimée » .


Il en va de même d'expressions telles que : « Le Miséricordieux Qui S'est établi sur Son trône », et : « J'ai créé de Mes deux mains » ou encore : « Ton Seigneur est venu » et bien d'autres encore. Nous ne sommes pas tenus par la Loi religieuse de connaître la glose et l'exégèse de ces expressions ; la seule obligation qui nous soit faite est celle de croire qu'Allah n'a pas de parèdre et que nul ne lui ressemble, et c'est là ce que l'évidence démontre. Plus tard, des traditionalistes raffinèrent encore sur cette attitude en disant : « Ces expressions doivent être prises littéralement » ; il importe de les expliquer telles qu'elles sont, sans se hasarder à la moindre exégèse, ni assortir d'une quelconque expectative cette explication littérale.

C'est ainsi qu'ils en vinrent à tomber dans l'anthropomorphisme pur et simple, c'est-à-dire dans une croyance exactement opposée à celle des Anciens (Salâf). En effet, nous savons que l'anthropomorphisme exista pur et sans mélange chez les Juifs, non point à la vérité chez tous les Juifs, mais tout particulièrement chez les Karaïtes qui n'ont pas manqué de trouver dans la Thora des expressions susceptibles d'une interprétation anthropomorphique. Il en fut de même, à l'intérieur de l'Islam, des Chiites qui se rendirent coupables à la fois de zèle excessif et de tiédeur ; l'excès de leur zèle pour les Imams consistait à établir une comparaison entre ces derniers et Allah Lui-même ; quant à leur tiédeur envers Allah, c'était celle qui osait comparer la divinité à une créature mortelle. Mais, lorsque les Mu'tazilites firent leur apparition et, avec eux, des théologiens qui défendaient la thèse des traditionalistes, certains Chiites Râfidites, abjurant à la fois leur zèle et la tiédeur, adoptèrent la thèse mu'tazilite, tandis que, dans les rangs des traditionalistes, on vit une foule de théologiens s'en tenir à une exégèse littéraliste qui les faisait verser à leur tour dans l'anthropomorphisme.

Il y eut cependant, chez les traditionalistes des origines, des hommes qui se refusèrent simultanément à pratiquer l'exégèse allégorique (des Imamites) et à se commettre avec l'anthropomorphisme (d'une tradition mal comprise) : on compte parmi eux Mâlik Ibn Anas, celui-là même qui déclarait à propos de l'établissement d'Allah sur le Trône :
« C'est là un fait connu, dont la modalité est cependant inconnue, auquel il est indispensable de croire, et sur lequel on ne saurait enquêter sans tomber dans l'hérésie. » Il en alla de même d'Ahmad Ibn Hanbal, de Sufyân (al-Thawri) ainsi que de Dâ'ûd d'Ispahan et de ceux qui les suivirent. On parvint ainsi au temps de 'Abd Allâh Ibn Said al-Kullâbî, d'Abû l-'Abbâs al-Qalânisî et d'al-Hârith al-Muhâsibî. Ces hommes, tout en faisant partie des traditionalistes, n'en avaient pas moins pratiqué la théologie, étayant les dogmes des Anciens des raisonnements propres à cette discipline et de ces preuves apodictiques dont on se satisfait dans la science des Principes du droit. Les uns furent auteurs, les autres professeurs... Bientôt devait avoir lieu, entre Abû l-Hasan al-Ash'arî et son maître, une controverse qui portait sur le problème de l'intérêt bien entendu de la création et sur l'obligation où Allah aurait pu être de s'y ranger nécessairement. C'est à la suite de cette controverse qu'al-Ash'arî rallia le camp des Partisans des Attributs divins (Sifâtiyya). Il mit ses méthodes théologiques au service de leur doctrine et cette doctrine devait bientôt devenir celle à laquelle se rallieraient les Partisans de la Tradition et de la Communauté islamique (Ahl al-Sunna wa l-Jamâ'a). Du même coup, cette appellation de Défenseurs des Attributs divins (Sifâtiyya) passa aux Ash'arites. Mais les anthropomorphistes et les Karrâmites ne s'en proclamaient pas moins les Partisans des Attributs ; c'est donc sous cette dernière rubrique que nous traiterons de ces deux sectes. "

 

La partie écrite par le Shaykh (RAA) sur les Anthropomorphistes et les karramites est trouvable nottament sur le site Aslama sur ce lien :

http://aslama.com/forums/showthread.php?t=3339&highlight=profession

et sur notre blog :

Anthropomorphistes : http://tawhid.blog4ever.com/blog/lirarticle-88854-243858.html

Karramites : http://tawhid.blog4ever.com/blog/lirarticle-88854-243855.html



Article ajouté le 2007-02-08 , consulté 174 fois

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