[Islâm] Shaykh Ash Sharastanî (RAA) - Les Anthropomorphistes
VOICI LE TEXTE D'ASH SHAYKH ASH SHARASTANI (RAA) SUR LES ANTHROPOMORPHISTES.
LES ANTHROPOMORPHISTES
- dont les Salafistes Wahhabites et les shia rawafidh sont en partie les représentants contemporains -
Les Anciens (Salâf) qui se recrutaient parmi les transmetteurs des traditions prophétiques, voyant les Mu'tazilites s'enfoncer à corps perdu dans la théologie et dans l'opposition opiniâtre qu'ils faisaient à la tradition reçue des quatre premiers califes - au point qu'ils n'hésitaient pas à prendre le parti des Omeyyades sur la question du libre arbitre, et celui des Abbassides sur celle des Attributs divins et du Coran créé -, ces mêmes Anciens (Salâf) donc se sentirent tourmentés par le désir de fixer une fois pour toutes la doctrine des Partisans de la Tradition et de la Communauté islamique (Ahl al-Sunna wa l-Jamâ'a), doctrine qui devait porter sur les versets coraniques susceptibles d'une interprétation allégorique, ainsi que sur les traditions transmises à partir du Prophète.
Des hommes comme Ahmad ibn Hanbal et Dâ'ûd ibn 'Ali al-lsfahânî, avec un groupe de savants recrutés parmi les partisans de la Tradition, étaient d'avis qu'il fallait s'en tenir strictement aux méthodes des anciens traditionnistes ; ils citaient parmi eux Mâlik ibn Anas et Muqâtil ibn Sulaymân. En cela, ils se conformaient, les uns comme les autres, à l'attitude qui est celle de la réserve pieuse, se contentant de déclarer : « Nous croyons à tous les textes qui figurent dans le Livre et dans la Tradition, mais nous ne nous hasarderions pas à en donner une interprétation allégorique, car il est deux choses que nous savons d'une façon catégorique : la première est qu'Allah n'est à la ressemblance d'aucune de ses créatures ; la seconde est qu'il n'est point dans notre esprit de représentation dont Il n'ait Lui-même la création et la détermination ». Mais tout cela ne les empêchait pas de se garder à tel point de l'anthropomorphisme qu'ils n'hésitaient pas à prononcer les sentences suivantes : celui qui en récitant le passage du Coran : « J'ai créé de Mes deux mains » (LXIII, 75) se permettrait de remuer la main ou qui, en transmettant la tradition qui dit : « Le coeur du croyant est dans les doigts du Miséricordieux », ferait seulement un geste de la main, cet homme mériterait, dans le premier cas, de se voir couper la main et, dans le second, de se faire arracher les doigts. La raison, ajoutaient-ils, qui nous a amenés à rester sur l'expectative en ce qui concerne l'explication de ces versets, est double ; la première est l'interdiction formelle qui nous en a été faite par la Révélation en ces termes : « Quant à ceux dont le coeur a un mauvais penchant, ils suivent les versets où l'équivoque est possible, tant est grand leur désir de trouble et d'explication forcée. Or, l'explication véritable est aux mains d'Allah et de ceux qui sont affermis dans la science ; ceux-là disent : O Seigneur, nous avons cru en tout ce qui nous vient de notre Seigneur » (Cor., III, 7). Nous ne voulons pas appartenir - disaient-ils - à ceux dont le coeur a un mauvais penchant. La seconde raison de leur attitude résidait dans ce fait que l'exégèse allégorique est, de l'avis de tous, le domaine de l'opinion et que tout essai d'explication des Attributs divins, fondé sur l'opinion pure et simple, se trouve être illicite. En conséquence, il est toujours possible d'interpréter un verset selon une intention qui n'est pas celle du Créateur, ce par quoi on donne dans ce penchant mauvais contre lequel le Coran met en garde. Le parti le plus assuré est donc d'agir comme « ceux qui sont affermis dans la science » et de dire comme eux : « Seigneur, nous croyons en tout ce qui nous vient de Toi ». Cela revient à croire en la lettre du Coran et à donner un assentiment global à son sens caché, en s'en remettant à Allah du reste, dont la connaissance n'est point d'obligation légale, puisqu'un semblable savoir ne fait pas partie des conditions suffisantes et essentielles de la foi. Ces hommes ont même poussé le scrupule jusqu'à s'abstenir de prononcer, dans une phrase persane, les mots : « main, visage, établissement sur le Trône » et toutes expressions analogues, de sorte que, si, en conversant dans cette langue, ils avaient besoin de mentionner ces concepts, ils s'en tenaient à des expressions qui étaient un strict reflet du mot à mot du texte arabe. C'est là ce qu'ils appellent le parti de la réserve pieuse, et l'on voit qu'il n'a rien à voir avec l'anthropomorphisme proprement dit.
Il n'en existe pas moins un parti de Chiites extrémistes et de traditionnistes littéralistes pour faire profession explicite d'anthropomorphisme : nous voulons parler, pour les Chiites, des deux Hishâm et, dans les rangs des traditionnistes sunnites, d'hommes tels que Mudar, Kahmas et Ahmad al-Hujaymî. Pour tous ces hérétiques, le Dieu qu'ils adoraient avait une forme ; cette dernière comportait des membres, et était susceptible de division en parties d'une nature qui était, selon le cas, corporelle ou spirituelle. De plus, les notions de translation, de descente, de montée, d'arrêt en un lieu donné et d'insertion dans l'espace, n'étaient nullement contradictoires à une semblable conception de la divinité. Quant aux anthropomorphistes nous parlerons d'eux en mentionnant les sectes chiites extrémistes. Seuls nous concernent, pour l'instant, les traditionnistes littéralistes. Ce sont eux dont al-Ash'ari disait, en se fondant sur une tradition qui remonte à Muhammad ibn 'Isâ, qu'ils ne répugnaient nullement à attribuer à la divinité des traits tels que la possibilité d'un contact physique avec les créatures, voire celle de leur donner l'accolade. Ces sectaires allaient jusqu'à dire, toujours d'après la même source, que les Musulmans zélés étaient admis à embrasser Allah dans ce monde et dans l'autre, cela dit, à la suite d'exercices et de mortifications constantes, ils pouvaient aller jusqu'à un zèle totalement pur et à une union parfaite. D'après al-Ka'bî, certains de ces traditionnistes ne voyaient aucun inconvénient à ce que la vision d'Allah eût lieu en ce monde, ni à ce que ses fidèles échangeassent avec Lui des visites dès leur vie terrestre. Dâ'ûd al-Jawâribi s'est même écrié dans une exclamation fameuse : « Dispensez-moi de vous renseigner sur le membrum virile et sur la barbe, et je vous informerai de tout le reste ! » Pour le reste, ce Dieu des anthropomorphistes possède un corps de chair et de sang ; ses membres, mains, pieds, tête, langue, yeux, oreilles et tout le reste, sont au complet. En dépit de tout cela, ces sectaires ont soin de spécifier que ce corps, cette chair et ce sang n'ont rien de commun avec les autres, et qu'il en va exactement de même des autres attributs, lesquels obéissent à cette règle générale que rien de ce qui est à Allah ne ressemble au monde créé, et qu'inversement, ce dernier ne saurait être à l'image de la divinité. Ce même Dâ'ûd al-Jawâribi concevait Allah comme un corps qui serait creux dans sa partie supérieure, c'est-à-dire jusqu'à la poitrine, et plein, pour tout le reste.
Allah possède, à l'entendre, une longue tresse noire et ses traits sont ceux d'un jeune homme imberbe. Quant à ces termes que l'on trouve dans la Révélation et qui indiquent nommément pour Allah l'établissement sur le Trône, le visage, les mains, le côté, la venue, l'arrivée, la situation en hauteur par rapport au monde et d'autres choses encore, tout cela devrait être pris, selon lui, au sens littéral, c'est-à-dire à la manière dont on l'entendrait d'un corps. C'est également de cette façon qu'il conviendrait d'interpréter les fameuses sentences de la Tradition selon lesquelles Allah a une forme : « Il créa Adam à l'image du Miséricordieux » ou bien : « Le coeur du croyant est tenu entre deux doigts de la main du Seigneur », « Allah a fait fermenter l'argile d'Adam dans Ses propres mains pendant quarante matins consécutifs ». On peut y joindre ces mots du Prophète : « Il plaça la main ou encore la paume de la main sur mes épaules et l'extrémité de Ses doigts me procura une sensation de fraîcheur qui se communiqua à mon dos... » - sans compter d'autres sentences encore, que l'on interprétait selon la façon dont le langage le plus courant décrit des attributs propres aux corps. Ces Anthropomorphistes ne reculaient pas devant la fraude, et joignaient de nouvelles traditions à celles que tous attribuent au Prophète. La plupart sont de provenance juive, car l'on sait que chez les Juifs, l'anthropomorphisme est une seconde nature. C'est ainsi qu'ils disent :
« Les yeux d'Allah furent un jour en grande langueur et les anges vinrent (au chevet du malade) ». « Allah pleura si fort du déluge qu'Il infligea à Noé que Ses yeux s'obscurcirent ». « Le Trône gémit sous le poids divin, comme le ferait la selle neuve d'un chameau ; assis sur le trône, Allah ne dépasse que de quatre doigts les quatre côtés ». Les Anthropomorphistes n'hésitaient pas davantage à attribuer au Prophète des propos tels que ceux qui suivent : « Quand Allah m'eut rencontré, Il me donna l'accolade et me frappa du plat de la main de telle manière que je sentis courir dans mon dos la fraîcheur de l'extrémité de Ses doigts ». Ces sectaires doublaient leur anthropomorphisme de thèses coraniques selon lesquelles les lettres, les sons et les signes diacritiques du texte sont écrits de toute éternité, et sont eux-mêmes prééternels. Ils argumentent en faisant ressortir qu'il n'est point de parole, à moins d'être inintelligible, qui ne se compose de lettres et de mots, et ils s'appuient à ce propos sur des traditions selon lesquelles le Prophète aurait dit : « Allah élèvera la voix assez haut au jour du Jugement, pour être entendu des premières comme des dernières générations du monde ». D'autres traditions (que l'on retrouve dans leurs livres) narrent que, pour Moïse, la parole de la Révélation produisait un son tout semblable à un bruit de chaînes. Ces sectaires se réclament également des Anciens (Salâf) qui ont effectivement déclaré que la Parole d'Allah est incréée, et que celui qui refuse d'admettre ce dogme est un infidèle : « Or, nous ne connaissons du Coran - ajoutent-ils - que ce qui est entre nos mains, et c'est ce Coran que nous pouvons voir, entendre, réciter et écrire. Ceux qui nous contredisent à ce sujet sont de deux sortes : les uns sont des Mu'tazilites qui nous donnent raison sur le point que le Coran que nous détenons est bien la Parole d'Allah, et tort, lorsque nous affirmons que ce même Coran est prééternel ; la seconde catégorie de contradicteurs est celle des Ash'arites qui conviennent avec nous que la Parole d'Allah est prééternelle, mais qui refusent d'admettre que cette parole corresponde au Livre que nous avons entre les mains ; or, les uns et les autres, Mu'tazilites comme Ash'arites, ont été convaincus d'erreur par le consensus unanime des Musulmans ». Quant au fait de poser dans l'abstrait un attribut de la Parole qui serait inhérent à l'Essence du Créateur Très-Haut, mais que nous ne pourrions ni voir, ni écrire, ni réciter, ni entendre, c'est là, aller à l'encontre, aux yeux de ces sectaires, d'un consensus qui est opposé en tout point à cette théorie. Aussi leur croyance est-elle que le texte contenu entre les deux planches du Livre est identique à celui dont l'Ange Gabriel apporta jadis la révélation au Prophète, et que le Coran écrit dans nos exemplaires est le même que celui qui est tracé sur la Table bien gardée. C'est ce même Coran que les croyants entendront de la bouche d'Allah le Très-Haut, lorsqu'ils verront et entendront sans « voile » et sans intermédiaire, et ce n'est pas autre chose que signifient ces mots du Coran : « Salut, leur sera-t-il dit, de la part d'un Seigneur miséricordieux ! » (Cor. XXXVI, 58). C'est ainsi qu'Allah a pu dire à Moïse : « O Moïse, c'est moi qui suis Allah, le Seigneur des mondes » (Cor. XXVIII, 30). Les entretiens confidentiels entre Allah et Son fidèle se déroulent effectivement sans qu'il y ait entre eux d'intermédiaire, et c'est de cette façon que le Coran a pu dire : « Allah a parlé clairement à Moïse » (Cor., IV, 164) et « Je t'ai choisi entre tous les hommes pour te confier la Prophétie et la parole » (Cor. VII, 144). On rapporte du Prophète qu'il aurait dit : « Allah a écrit la Thora de Sa propre main ; Il a créé de Sa main le jardin d'Eden, et de cette même main, Il a créé également Adam ». Le Coran (VII, 142) dit : « Pour lui (Moise), Nous écrivîmes sur des Tables, sur toute chose une exhortation, et pour toute chose un espoir intelligible ». Ce sont là des paroles que nos sectaires commentent ainsi : « A ces mots nous ne voulons rien ajouter qui provienne de nous et nous ne prétendons pas suppléer, avec les inventions de notre esprit, à ce qui n'a jamais intéressé les Anciens (Salâf). » Et ils ne manquent pas d'invoquer, à ce propos, ces mots du Coran : « S'il en est un, parmi les infidèles, pour te demander asile, accorde-lui cet asile, de façon à lui faire entendre la parole d'Allah » (Cor., VII, 9). Il est donc évident que cet infidèle ne peut pas entendre d'autre parole que celle que nous fournit la récitation coranique. De plus, il est un autre passage où le Coran dit : « C'est le Coran, le Coran très illustre ; il est dans un livre jalousement préservé ; ne le touchent que ceux qui sont purs. C'est une révélation qui vient du Seigneur des mondes » (Cor., LVI, 76-80) - ou encore – « Feuilles vénérées, exaltées et pures, aux mains des scribes nobles et purs » (Cor. LXXX, 12-16). Il faut, d'après eux, également songer à ces passages : « C'est un Livre que Nous avons fait descendre dans la nuit du Destin » (Cor., LXLVI, 1) et : « Ce mois de ramadan au cours duquel Nous avons fait descendre le Coran » (Cor., II, 135).
D'autre part, il est une fraction d'Anthropomorphistes qui s'est ralliée au parti des incarnationnistes. Ces derniers soutiennent qu'Allah peut se montrer sous l'image d'un individu de forme humaine, ce qui fut le cas de l'Ange Gabriel, qui empruntait souvent les traits d'un bédouin pour se manifester au Prophète. C'est à cette particularité que se rapportent ces mots (Cor., XIX, 17) : « Il s'offrit aux yeux de Marie comme un mortel aux proportions harmonieuses » ; et c'est dans ce sens que nos sectaires interprètent la tradition selon laquelle le Prophète aurait dit : « J'ai aperçu mon Seigneur dans la plus belle de Ses formes ». On rapporte que la Thora dit de Moïse : « J'ai contemplé Allah face à face après quoi Il m'a dit certaines paroles ». Il est aussi des Chiites « extrémistes » pour faire profession d'incarnationnisme. Il faut également savoir que l'habitation d'Allah dans l'homme peut avoir lieu de deux façons différentes, selon que l'élément divin s'unit à une partie ou à la totalité de l'être humain, comme on l'exposera en détail si Allah veut.
Article ajouté le 2007-02-08 , consulté 185 fois
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