[Athârî] Sîdî Jibril - L'Ecole Athârî à travers l'histoire
Les mufawwidun hanbalites sont ceux qui pratiquent le tafwid. C'est la branche des hanbalites qui est restée fidèle à l'enseignement originel de l'imam Ahmad (qui n'a jamais été un anthropomorphiste contrairement à beaucoup qui se réclameront de Lui plus tard). Cette tendance se caractérise par le non-recours à la théologie spéculative (développer arguments rationnels s'ajoutant aux arguments textuels) et le tafwid (lire le texte sans expliquer son sens et son comment - laisser le sens des versets ambigus à Allah sans même proposer d'interprétation possible) à l'égard des mutashabihat (versets amibigus, sujets a controverse pouvant aller vers la mécréance).
C'est une approche qui est totalement reconnue et acceptée par les ash'arites et les maturidites.
C'est celle de la majorité des hanbalites historiquement, bien qu'il y a eu une époque où les hashwiyya (littéralistes) ont été très nombreux dans le madhhab. Selon certains savants ils sont même devenus majoritaires, tandis que d'autres savants disent qu'ils n'ont pas été majoritaires mais qu'ils étaient très proches de l'être. On trouvait à cette époque de grands savants hanbalites comme le qadi Abu Ya'la, Ibn Hamid ou Ibn al-Zaghuni (les 3 que le grand imam hanbalite Ibn al-Jawzi s'est attaché à réfuter dans son célèbre Daf` Shubah al-Tashbih).
L'imam al-Kawthari a dit dans son introduction d'at-tabyin d'Ibn 'Asakir :
« Ainsi, tous les Mâlikîtes, les trois quarts des Shâfi'îtess, un tiers des Hanafîtes, et une partie des Hanbalîtes ont suivi cette approche [Ash'arîte] en ce qui concerne la théologie (tarîqa min al-kalâm), depuis l'époque d'al-Bâqillânî, tandis que les deux tiers des Hanafîtes suivaient l'approche Mâturîdîte dans les demeures qui sont au delà du fleuve, les terres de la Turquie, de l'Afghanistan, de l'Inde, de la Chine, et de tout ce qui est au delà, excepté ceux d'entre eux qui tendaient vers le Mu'tazilisme (al-'itizâl), comme cela a également été le cas de certains Shâfi'îtes.
Et une des caractéristiques intrinsèques du madhhab du savant de Médine est qu'il préserve ses adhérents de la crasse des hérésies. Ainsi on ne trouve pas parmi les Mâlikîtes les hérésies du 'itizâl et du tashbîh. Et une des choses qui a produit cela – selon moi – est l'interdiction de Mâlik de rapporter les narrations relatives aux attributs, tout comme Ahmad interdisait de rapporter les hadîths mentionnant la rébellion contre les gouverneurs injustes.
[...]
Et certains Hanbalîtes sont sur la voie des Salaf concernant le tafwîd (c.-à-d. consigner le sens des mutashâbihât auprès d'Allah), abandonnant toute investigation (à leur sujet), tandis que d'autres ont tendu vers le Mu'tazilisme. Mais la plupart d'entre eux à travers la succession des siècles ont été des Hashwîya selon les approches Sâlimîte et Karrâmîte jusqu'à ce qu'az-Zâhir ait placé l'office de la justice suprême (al-qadâ al-qudât) à Yabris pour les quatre écoles pour la première fois. »
(Ibn 'Asakir, "Tabyin al-Kadhib al-Muftari fi ma Nusiba ila al-Imam Abi Al-Hasan Al-Ash'ari", Dar al-Kitab Al-'Arabi, édition 1411/1991)
Al-Kawthari continue en disant qu'à partir du 7e siècle, cette tendance est redevenue très minoritaire dans l'école hanbalite, mais a ressurgit en Syrie avec Ibn Taymiyya :
« Puis ils ont pris contact avec les savants de Ahl as-Sunna en conversant avec eux au sujet de la science. En conséquence, leurs calamités hérétiques ont commencé à disparaître, et quasiment pas un seul Hashwî n'aurait survécu si ce n'était le fait que la colonie de Harrân ait pris résidence dans le Shâm après le malheur de Bagdad.
Un homme [Ibn Taymiyya] est apparu parmi eux qui avait une formation équilibrée dans son apprentissage (at-talab), en plus de son intelligence, de sa mémoire, de son caractère (samt), et de sa capacité d'attirer des cheikhs érudits et dignes de confiance vers lui et à les amener à faire son éloge. Il était un orateur avec une langue fluide, tandis que pendant tout ce temps il mettait en pratique un plan visant à placer le madhhab Hashwî sous le camouflage du madhhab des Salaf afin qu'il remplace celui de Ahl as-Sunna.
Il ne se rendait pas compte que le madhhab de Ahl as-Sunna - les Ashâ'ira et les Mâturîdîya - avait atteint un fort niveau dans l'examen scientifique à travers la succession des siècles grace à des personnalités prodigues de la théorie et de la jurisprudence de la religion, en comparaison desquels ce Hashwî ne serait pas même compté comme faisant partie des moindres de leurs élèves, tandis que si quelqu'un tel que lui essayait de se heurter à eux, tout ce qu'il lui arriverait serait qu'il tomberait la tête la première, heurterait le sol et serait ruiné.
Et comme il n'avait pas de cheikh pour le diriger dans les sciences théoriques, en conséquence, sa science ne se reposait pas sur quelque chose de fiable, et elle est devenue confuse et très contradictoire. Ses dons (intellectuels) se sont dispersés parmi des tendances hérétiques problématiques. Alors cela a mené à ce qu'il a fait. Puis ses tribulations ont disparu en raison de la réfutation des savants. »
Après la réfutation d'Ibn Taymiyya par ses contemporains, cette tendance a quasiment disparue, jusqu'à ce que Mohamed Ibn Abdewahhab et le mouvement wahhabite la remettent à jour au 18e siècle comme le note le savant de Jordanie sheikh Nuh Keller :
« Des écrits ont été signés par Abu Hayyan al-Nahwi (m.745/1344), Taqi al-Din al-Subki (m.756/1355), Badr al-Din Ibn Jama'a (m.733/1333), al-Amir al-Sanani, l'auteur de Subul al-salam (m.1182/1768), Taqi al-Din al-Hisni, l'auteur de Kifayat al-akhyar, (d.829/1426), et Ibn Hajar al-Haytami (d.974/1567) en réfutation de sa 'aqida, et elle est restée non acceptée par les musulmans pendant encore quatre cents ans jusqu'au mouvement Wahhabite du dix huitième siècle, lequel suivait Ibn Taymiyya sur certains points de 'aqida, et l'a déclaré son « Cheikh de l'Islam ». Mais ce ne sera pas avant l'arrivée de l'imprimerie dans le monde arabe que les livres d'Ibn Taymiyya (et les dogmes de ce groupe) ont vraiment vu la lumière du jour, quand un riche marchand de Jedda commissionna l'impression de son Minhaj al-Sunna et d'autres de ses ouvrages sur la 'aqida en Egypte à la fin du siècle dernier, ressuscité cette fois sous le nom de Salafisme ou « retour à l'Islam des débuts ». Ils ont de là été exportés aux quatre coins du monde islamique, propulsés par le financement généreux d'un ou deux pays musulmans modernes, dont les efforts ont rempli les mosquées de livres, de pamphlets, et de jeunes gens qui répandent ces idées et même les attribuent (grâce aux chaînes de transmission douteuses d'Ibn Taymiyya) aux Imams des premiers temps de l'Islam. »
A noter toutefois que bien que le mouvement wahhabite soit l'héritier de cette tendance hashwi dans la croyance qui existait chez certains hanbalites, dans le fiqh ils n'adhèrent généralement pas à un madhhab, contrairement aux anciens savants de cette croyance comme Abu Ya'la qui eux adhéraient généralement au madhhab hanbalite (c'est-à-dire que leur fiqh était correct bien que leur croyance erronée).
Wa Allâhu A'lim.
Article ajouté le 2007-02-10 , consulté 363 fois
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