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[Ash'ârî] Shaykh Nuh Ha Mîm Keller (HA) - Fatwa sur le fait qu'il est impossible qu'Allâh soit dans le ciel ou dans un endroit quelconque

Non. Le sens littéral d'être « dans le ciel » impliquerait qu'Allah est en fait dans une de Ses créatures, car le ciel est une chose créée. Il n'est pas permis de croire qu'Allah réside ou occupe (en Arabe « hulul ») une quelconque de Ses créatures, comme les Chrétiens le pensent pour Jésus (ASS) ou les Hindouistes pour leurs avatars.

Ce qu'il est indispensable de savoir pour un être humain, c'est qu'Allah est « ghaniyy » ou « absolument libre de tout besoin» [indépendant] de toute chose qu'Il a créé. Il déclare explicitement dans la sourate al-Ankabout du Saint Qoran : << Certes Allah peut Se passer de tout l'univers. >> (29 : 6) Allah mentionne Son attribut de « Ghina » ou « indépendance vis-à-vis de tout ce qui est créé » dans quelques dix-sept versets du Qoran. C'est un point central de la 'aqida ou dogme islamique, et c'est la raison pour laquelle il est impossible qu'Allah soit en Jésus (paix sur lui) ou dans qui que ce soit d'autre qui ait une forme ou un corps : car les corps dépendent de l'espace et du temps, alors qu'Allah ne dépend d'aucune chose, n'a besoin de rien. Ceci est la 'aqida du Qoran, et les savants musulmans ont gardé cela à l'esprit pour interpréter d'autres versets ou hadiths.


Si les musulmans lèvent leurs mains vers le ciel quand ils font des supplications [demandes, invocations] (du'a) à Allah, c'est parce que le ciel est la qibla pour les du'as, et non parce qu'Allah occupe cette direction particulière ; et ce de la même façon que la Kaaba est la qibla de la prière (salat), sans pour autant que les musulmans ne croient que c'est dans cette direction qu'est Allah. En fait, Allah dans Sa Sagesse a fait de la qibla un signe (ayah) de l'unité des Musulmans, de la même façon qu'il a fait du ciel un signe de Sa Transcendance et de Son infinie Immensité, et cette signification se manifeste dans le coeur de tout croyant simplement en regardant le ciel quand il supplie Allah.

Cela fait partie de la Sagesse Divine d'inclure ces significations dans la sunna prophétique pour élever spirituellement les coeurs des gens qui les entendirent en premier, et les orienter vers a Transcendance et l'Immensité d'Allah par le plus grand et le plus concret des signes physiques de ces attributs: le ciel visible qu'Allah a élevé au-dessus d'eux. Beaucoup d'entre eux, surtout quand ils venaient tout juste de sortir de la jahiliyya ou « période de l'ignorance préislamique », étaient très attachés aux réalités physiques et perceptibles, et avaient du mal à concevoir quoi que ce soit au-delà, comme cela est attesté par leurs idoles qui étaient des images posées ou élevées sur le sol. Omar ibn al Khattab mentionne, par exemple que durant la jahiliyya, ils pouvaient construire leurs idoles avec des dates, plus tard lorsqu'ils avaient faim, les manger tout simplement. Le langage que le Messager d'Allah (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) utilisa pour faire accepter à de tels gens la Transcendance d'Allah le Très Haut était bien entendu composé de termes qu'ils pouvaient comprendre sans difficulté, et il utilisa l'image du ciel au-dessus d'eux. L'imam al-Qurtubi, le célèbre exégète du Qoran du septième/treizième siècle a dit :

« Les hadiths à ce sujet sont nombreux, rigoureusement authentiques, et bien connus ; et ils indiquent La Transcendance d'Allah, qui ne peut être reniée par quiconque à part un athée ou un ignorant obstiné. Leur but est d'attribuer la dignité à Allah et de L'élever au-dessus de tout ce qui est inférieur et bas, de Le caractériser par l'Exaltation et la Grandeur, sans lui attribuer un endroit ou une direction particulière car ce sont des caractéristiques des corps physiques. » (Al-Jami li ahkam al-Qur'an. 20 vols. Cairo 1387/1967. Reprint (20 vols in 10). Beirut: Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 18.216).

A cet article, un hadith, rapporté par Malik dans sa Muwatta' et par Muslim dans son Sahih, dit que Muawiya ibn al Hakam est venu dire au Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) : « je sors à peine de la jahiliyya, et maintenant Allah m'a amené à l'Islam, » puis il lui posa diverses questions sur des pratiques de la jahiliyya, jusqu'à ce qu'il dise qu'il avait giflé sa jeune esclave, et a demanda s'il devait la libérer, ce qui était obligatoire si elle était croyante. Le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) demanda qu'on la lui amène, et lui demanda : « Où est Allah ? » et elle répondit « Dans le ciel (Fi al-sama) » ; après quoi il demanda : « Qui suis-je ? » et elle dit : « Tu es le Messager de Dieu » ; et il dit : " libérez la, car c'est une croyante. " (Sahih Muslim, 5 vols. Cairo 1376/1956. Reprint. Beirut: Dar al-Fikr, 1403/1983, 1.382: 538) L?Imam al-Nawawi dit de ce hadith:

« Ceci est l'un des « hadith des attributs » a propos duquel les savants ont deux positions. La première est d'avoir foi en ce hadith sans en discuter le sens, tout en sachant à propos d'Allah que <> (42 :11), et qu'Il transcende les attributs de n'importe laquelle de Ses créatures. La seconde est de l'expliquer au sens figuré d'une façon appropriée, les savants qui soutiennent cette position insistent sur le fait que le but du hadith était de tester la jeune esclave : était-elle monothéiste qui affirme que le Créateur, Celui qui Dispose, Celui qui Fait, est Allah seul et qu'Il est Celui qu'on invoque quand une personne adressant sa demande (du'a) se tourne vers le ciel - de la même façon que celui qui prie (salat) se dirige vers la Kaaba, car le ciel est la qibla des suppliants comme la Kaaba est la qibla des prieurs - ou était-elle une adoratrice des idoles que l'on place devant soit ? Ainsi, lorsqu'elle a dit « dans le ciel », il était clair qu'elle n?était pas adoratrice des idoles. » (Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi. 18 vols. Cairo 1349/1930. Reprint (18 vols. in 9). Beirut: Dar al-Fikr, 1401/1981, 5.24).

Il est bon de noter que l'imam Nawawi ne mentionne absolument pas la compréhension littérale du hadith comme une position doctrinale acceptable. Ceci provoque la surprise aujourd'hui parmi certains musulmans, qui s'imaginent que ce qui est en jeu est le principe d'accepter un hadith unique rigoureusement authentique (sahih) comme preuve en dogme islamique ('aqida), car ce hadith est un des hadiths dit « unique », qu'on appelle en arabe ahad, « rapportés par une seule chaîne de transmission », par opposition au (hadith) mutawatir ou « rapporté par tant de chaînes de transmissions qu'il est impossible qu'il ait été inventé ».

Pourtant ce n'est pas ce qui est en jeu, car les hadiths de ce type ne sont considérés acceptables par les savants traditionnels en 'aqida Islamique que s'ils remplissent une condition : que l'article de foi mentionné dans le hadith soit salimun min al-muarada, qu'il y ait « absence de preuves conflictuelles ». Cette condition n'est pas remplie par ce hadith particulier pour plusieurs raisons. Premièrement, l'histoire décrite dans le hadith nous est parvenu sous plusieurs autres versions bien authentifiées qui diffèrent largement de la version « ou est Allah ? -- Dans le ciel ». Une de celles-ci est rapportée par Ibn Hibban dans son Sahih avec une chaîne de transmission bien authentifiée (hassan), dans laquelle le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) a demandé à la jeune esclave : « Qui est ton Seigneur ? » à quoi elle répondit : « Allah », puis il reprit : « Et qui suis-je ? » à quoi elle répondit : « Tu es le Messager d'Allah », après quoi il déclara : « Libérez-là car c'est une croyante ». (Al-Ihsan fi taqrib Sahih Ibn Hibban, 18 vols. Beirut: Muassasa al-Risala, 1408/1988, 1.419: 189).

Dans une autre version, rapportée par Abd al-Razzaq avec une chaîne de transmission rigoureusement authentique (sahih), le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) lui a demandé : « Témoignes-tu qu'il n'y a pas d'autre divinité qu'Allah ? » et elle répondit oui. Il lui demanda : « Témoignes-tu que je suis le messager d'Allah. » et elle acquiesça une nouvelle fois. Il dit alors « Libérez-la ! » (Al-Musannaf, 11 vols. Beirut: al-Majlis al-Ilmi, 1390/1970, 9.175: 16814).


Dans d'autres versions, la jeune esclave ne peut pas parler, mais juste pointer le ciel en guise de réponse. Ibn Hajar al-Asqalani a dit des différentes versions de ce hadith, qu' « il y'a une grande contradiction dans les termes employés » (Talkhis al-habir, 4 vols. in 2. Cairo: Maktaba al-Kulliyat al-Azhariyya, 1399/1979, 3.250). Quand un hadith a beaucoup de versions conflictuelles, il y'a une forte probabilité pour qu'il n'ait été rapporté que par rapport ce que un ou plusieurs des narrateurs en ont compris (riwaya bi al-ma'na), et donc l'une des versions n'est pas adéquate pour établir un point de 'aqida.

Deuxièmement, cette dernière considération est particulièrement applicable au sujet en question car le Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) a explicitement détaillé les piliers de la foi islamique (iman) dans un hadith rapporté dans le Sahih Muslim où il répond aux questions de l'ange Gabriel, et dit : « la foi (iman) est de croire en Allah, en Ses anges, Ses Livres, Ses Messagers, au Jour Dernier, et de croire en la destinée (qadr) qu'elle soit bonne ou mauvaise. » (Sahih Muslim, 1.37:
et il n'a pas mentionné quoi que ce soit à propos d'Allah qui serait « dans le ciel ». Si cela avait été un test décisif pour déterminer la foi d'un musulman (comme pourrais le laisser entendre le hadith « dans le ciel »), il aurait été obligatoire que le Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) le mentionne dans ce hadith-ci, car son but est de préciser ce qu'est la foi (al iman).

Troisièmement, si l'on prend ce hadith pour signifier qu'Allah est littéralement « dans le ciel », cela entre en conflit avec d'autres hadiths également sahih qui ont à priori autant le droits d'être pris littéralement ; comme le hadith qudsi rapporté par al-Hakim dans lequel Allah le Très Haut dit : « Je suis avec Mon serviteur qui M'invoque et ses lèvres bougent avec Moi. » (Al-Mustadrak ala al-Sahihayn. 4 vols. Hyderabad, 1334/1916. Réimpression (avec index vol. 5). Beirut: Dar al-Marifa, n.d., 1.496), un hadith qu'al-Hakim dit rigoureusement authentique (sahih), ce qu'adh-Dhahabi a confirmé. Ou encore le hadith rapporté par al-Nasai, Abu Dawud, et Muslim, qui dit : « le moment où le serviteur est le plus proche de son Seigneur est lors de la prosternation. » (Sahih Muslim, 1.350: 482) ; alors que si Allah était littéralement « dans le ciel », le moment où il serait le plus proche de Lui serait quand il se tient debout. Ou encore le hadith rapporté par al-Bukhari dans son Sahih, dans lequel le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) interdit de cracher devant soi pendant la prière, parce que quand une personne prie « son Seigneur est devant lui » (Sahih al-Bukhari, 1.112: 406) Pour finir, dans les hadith à propos du Mi'raj ou « Voyage Nocturne », l'ange Gabriel a fait visiter au Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) chacun des sept cieux [paradis] (samawat), et il n?est pas mentionné qu'Allah n'ai été dans aucun d'eux.

Quatrièmement, l'interprétation littérale disant qu'Allah serait « dans le ciel » entre en contradiction avec deux fondements de la 'aqida telle qu'elle a été établie par le Qoran. Le premier est l'attribut de mukhalafa li al-hawadith d'Allah, ou « non-ressemblance aux créatures en aucune façon », comme Allah le déclare dans la sourate al-Shura, <> (42 :11), alors que s'Il était « dans le ciel » il y aurait d'innombrables choses qui Lui ressembleraient en termes d'altitude, position, direction, etc. Le second fondement que cela contredirai, comme mentionné plus haut, est l'attribut de « ghina » d'Allah, ou « l?indépendance vis-à-vis de tout ce qui est créé », ce qu'Il affirme dans de nombreux versets du Qoran. Il est impossible qu'Allah soit une entité corporelle car les corps ont besoin d'espace et de temps, alors qu'Allah n'a besoin d'absolument de rien.


Cinquièmement, l'interprétation littérale de « dans le ciel » impliquerait que le ciel entourerait Allah de tous côtés et donc qu'Il serait plus petit que lui, et qu'il serait plus grand qu'Allah ce qui est, bien évidement, complètement aberrant.

Pour ces raisons et d'autres, les savants Musulmans se sont vus obligés d'interpréter le précèdent hadith et d?autres textes contenant des figures de style similaires au sens figuré, en conformité avec l?utilisation de la langue Arabe. Considérons le verset coranique : <> (67: 16) pour lequel nous pouvons donner les exemples de tafsir ou « exégèse coranique » suivants :


(Al-Qurtubi : ) Les savants les plus exigeants soutiennent que [« dans le ciel »] signifie en fait : « Etes-vous à l'abri de Celui qui est au-dessus du ciel » - de la même façon qu'Allah dit « voyagez dans la terre » (9 :2), ce qui signifie voyagez sur la terre ? pas au-dessus du ciel en terme de contact physique ou de spatialisation, mais en terme de pouvoir omnipotent et de contrôle sur lui. Une autre position est de dire que cela signifie : « Etes-vous à l'abri de celui [qui est] sur ('ala) le ciel » de la même façon que l'on dit, « untel [règne] sur l'Iraq et sur le Hijaz », ce qui signifie qu'il en est le gouverneur et le commandant. (Al-Jami li ahkam al-Qur'an, 18.216).


(Al-Shirbini al-Khatib : ) Il y a différents aspects quant à l'interprétation de « Celui qui est dans le ciel », l'une d'elle est que cela signifierait : « Lui dont le royaume est dans le ciel », car c'est le lieu de résidence des anges, et c'est là que se trouvent Son Trône, Son Kursi et la Table Gardée ; et de là descendent Ses Décrets, Ses Livres, Ses commandements et Ses interdictions. Une seconde interprétation possible est que « Celui qui est dans le ciel » omette la première partie d'une construction ascriptive (idafa), en d'autre termes : « Etes vous à l'abri du Créateur de celui qui est dans le ciel » ce qui signifierait les anges qui résident au ciel, car ils sont ceux à qui il est commandé de dispenser la Miséricorde ou la Vengeance Divine. (al-Siraj al-Munir. 4 vols. Bulaq 1285/1886. Reprint. Beirut: Dar al-Marifa, n.d., 4.344).

(Fakhr al-Din al Razi : ) « Celui qui est dans le ciel » pourrait faire référence à l'ange qui est chargé d'infliger les châtiments divins ; lequel est Gabriel (paix sur lui) ; les mots « vous enfouisse dans la terre » signifiant : « par le commandement d'Allah , puis reparte» (Tafsir al-Fakhr al-Razi. 32 vols. Beirut 1401/1981. Reprint (32 vols. in 16). Beirut: Dar al-Fikr, 1405/1985, 30.70).

(Hayyan al-Nahwi: ) Ou le contexte de ces mots pourrait suivre les convictions de ceux à qui il est adressé [les mécréants], car ils sont anthropomorphistes. Donc la signification serait : « Etes-vous à l'abris de Celui que vous prétendez être dans le ciel ?- Alors qu'Il est exalté au-dessus de tout lieu ?- » (Tafsir al-nahr al-madd min al-Bahr al-muhit. 2 vols. in 3.
Beirut: Dar al-Janan and Muassasa al-Kutub al-Thaqafiyya, 1407/1987, 2.1132).


(Qadi Iyad : ) " Il n'y a pas de désaccord parmi les musulmans, tout un chacun -leurs savants juristes, leurs savants du hadith, leurs savants en théologie, à la fois ceux capables d'une expertise scientifique et ceux qui suivent la doctrine d'un autre que les preuves scripturaires qui mentionnent qu'Allah le Très Haut serait « dans le ciel », comme Ses mots : <> et d'autres, ne sont pas tels que leur sens littéral (dhahir) semble signifier, mais plutôt, tous les savants les interprètent autrement que dans leur sens apparent. " (Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi, 5.24).

Prenons maintenant un dernier exemple, le hadith rapporté par Muslim où le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) a dit :

Votre Seigneur Béni et Exalté descend chaque nuit jusqu'au ciel de ce monde, au moment du dernier tiers de la nuit, et dit : « Qui M'invoque pour que Je lui réponde ? Qui Me demande pour que Je l'exauce ? Qui cherche Mon pardon pour que Je le lui accorde ? » (Sahih Muslim, 1.521: 758).

Ce hadith, si on prend le temps d'y réfléchir, ne traite pas de 'aqida, mais il s'agit plutôt d'établir un point pratique, à savoir que nous sommes supposés faire un acte particulier dans le dernier tiers de la nuit : se lever et prier. C'est pourquoi quand l'Imam al-Nawawi a donné les noms actuels aux titres du Sahih Muslim, ce hadith a été placé sous le chapitre: « Incitation au désir de faire des supplications (du'as) et de se rappeler Allah (Dhikr) dans le dernier tiers de la nuit, et la réponse qui s'ensuit. ». Quant à la signification de « descend » dans le hadith, al-Nawawi explique :

Ceci est un des « hadiths des Attributs », et il y a deux positions à son sujet, comme il a été susmentionné dans le « Livre de la Foi (iman) ». Pour résumer, la première position, qui est la doctrine de la majorité des premiers musulmans et de certains théologiens, est que l'on devrait croire en la véracité de ce hadith d'une manière convenable vis-à-vis d'Allah le Très Haut, tandis que son sens littéral, en ce qui nous concerne, n'est pas le sens voulu ; tout en n'en discutant pas le sens figuré non plus, en sachant bien que nous croyons qu'Allah transcende tout attribut des choses créées, comme le changement de position, le mouvement, ou tout autre attribut des choses créées.

La seconde position, qui est celle de la plupart des théologiens, et de groupes entiers parmi les premiers musulmans (salaf), et soutenue par Malik et al-Awzai, est que de tels hadith doivent être interprétés au sens figuré d'une manière appropriée en les prenant dans leur contexte. Selon cette école de pensée, on interprète ce hadith de deux façons. La première est celle de Malik ibn Anas et d'autres, qui est de dire que cela [« votre Seigneur descend »] signifie : « Sa Miséricorde, Ses Ordres, et Ses anges descendent. » de la même façon que l'on dit « le sultan a fait ceci ou cela » alors que ce sont ses partisans qui ont fait ces choses en suivant son commandement. La seconde est de dire qu'il s'agit d'une métaphore montrant l'intérêt [d'Allah] pour ceux qui font des supplications, en leur répondant par de la bonté envers eux. (Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi, 6.3637).

Le savant du hadith Ali al-Qari dit de ce hadith sur la « descente » d'Allah :

Nous savons que Malik et al-Awazai, qui sont parmi les meilleurs parmi les premières générations de musulmans, ont tous deux donné une interprétation au sens figuré détaillée à ce hadith? Un autre d'entre eux était Jafar al-Sadiq. Il est vrai que bon nombre d'entre eux [les premiers musulmans], ainsi que des savants ultérieurs, ont dit que quiconque croit qu'Allah est dans une direction physique précise est un mécréant, comme le dit explicitement al-Iraqi, et c'est également la position de Abu Hanifa, Malik, al-Shafi'i, al-Ashari et al-Baqillani. (Mirqat al-mafatih: sharh Mishkat al-masabih. 5 vols. Cairo 1309/1892. Reprint. Beirut: Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 2.137).

Il est bon de rappeler qu'al-Iraqi était un Hafiz ou «maître en hadith », quelqu'un qui connaissait plus de 100 000 hadiths par coeur, quant à Ali al-Qari, il était une sommité du hadith qui a produit des travaux de référence qui sont encore utilisés aujourd'hui pour les hadiths inventés. En d'autres termes, chacun d'eux avait les plus hautes autorisations pour vérifier les chaînes de transmissions des avis qu'ils rapportent. Pour cette raison, leur transmission de l'avis selon lequel est mécréant celui qui assigne une direction à Allah pèse lourd sur la balance.

Mais peut-être est-il préférable aujourd'hui de dire que les musulmans qui croient que Allah est, d'une certaine façon, « là-haut » ne sont pas des mécréants. En effet ils ont la shubha ou la « circonstance atténuante » que de nos jours certains partis fortunés soutiennent agressivement la bid'a de l'anthropomorphisme. Cette bid?a était, dans les siècles précédents confinée à une poignée de Hanbalites, qui ont été repoussés avec force par les ulémas de Ahl al Sunna comme Abd al Rahman ibn al Jawzi (m. 597/1201) qui s'est adressé à ses pairs Hanbalites dans son Daf shubah al-tashbih bi akaff al-tanzih [réfutation des insinuations d'anthropomorphisme à la vue de la transcendance Divine] en ces termes :

Si vous aviez dit: « Nous ne faisons que lire ces hadith et nous restons silencieux », personne ne vous aurait condamnés. Ce qui est honteux c'est que vous les interprétiez littéralement. N'introduisez pas subrepticement dans le madhhab de cet homme droit parmi les premiers musulmans [Ahmad ibn Hanbal] ce qui n'en est pas. Vous avez revêtu ce madhhab d'une disgrâce honteuse, à tel point qu'on ne peut presque plus dire Hanbalite sans dire anthropomorphiste.
(Daf shubah al-tashbih bi akaff al-tanzih. Cairo n.d. Reprint.
Cairo: al-Maktaba al-Tawfiqiyya, 1396/1976, 2829).

Ces croyances ont apparemment survécu pendant des siècles dans le Khorasan, l'Afghanistan et ailleurs en Orient, car l'Imam al-Kawthari note que le Hanbalite Ibn Taymiya (m. 728/1328) a rassemblé les détails les concernant depuis des manuscrits sur les sectes (nihal) quand les bibliothèques des savants entrèrent à Damas en même temps que les caravanes fuyant les mongoles venant de l'Est. Il les a lu sans avoir un professeur perspicace pour le guider, et a cru dans ce qu'il en avait comprit, et s'en est fait l'avocat dans ses propres travaux.
(al-Kawthari, al-Sayf al-saqil fi al-radd ala Ibn Zafil.
Cairo 1356/ 1937. Reprint. Cairo: Maktaba al-Zahran, n.d. 56).

Il fut emprisonné de nombreuses fois pour ces idées avant sa mort, car les ulémas de Damas l'accusaient d'anthropomorphisme.
(al-Asqalani, al-Durar al-kamina fi ayan al-mia al-thamina.
4 vols. Hyderabad 134950/193031. Reprint. Beirut: Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 1.155).

Des écrits ont été signés par Abu Hayyan al-Nahwi (m.745/1344), Taqi al-Din Subki (m.756/1355), Badr al-Din ibn Jama'a (m.733/1333), al-Amir al-Sanani, l'auteur de Subul al-salam (m.1182/1768), Taqi al-Din al-Hisni, l'auteur de Kifayat al-akhyar, (d.829/1426), et Ibn Hajar al-Haytami (d.974/1567) en réfutation de sa 'aqida, et elle est resté non acceptée par les musulmans pendant encore quatre cents ans jusqu'au mouvement Wahhabite du dix huitième siècle, lequel suivait Ibn Taymiya sur certains points de 'aqida, et l'a déclaré son « Cheikh de Islam ». Mais ce ne sera pas avant l'avancée de l'imprimerie dans le monde Arabe que les livres d'Ibn Taymiya (et les dogmes de cette secte) ont vraiment vu la lumière du jour, quand un riche marchant de Jedda commissionna l'impression de son Minhaj al-Sunna et d'autres de ses travaux sur la 'aqida en Egypte à la fin du siècle dernier, ressuscité cette fois sous le nom de Salafisme ou « retour à l'Islam des débuts ». Ils ont de là été exportés aux quatre coins du monde islamique, propulsés par le financement généreux d'un ou deux pays musulmans modernes, et dont les efforts ont rempli les mosquées de livres, de pamphlets, et de jeunes gens qui répandent ces idées et même les attribuent (grâce aux chaînes de transmissions douteuses d'Ibn Taymiya) aux Imams des premiers temps de l'Islam. Mon avis vis a vis du fait de considérer les musulmans croyants ou mécréants, est que tout cet argent peut acheter de l'influence et de la propagande qui transforme le jour en nuit et la nuit en jour ; aussi peut être que les musulmans contemporains peuvent être excusés de ce genre d'idées ? jusqu'à ce qu'ils aient pu apprendre que le Dieu de l'Islam est par Sa transcendance bien au-dessus d'être un immense homme, et de la même façon, que Sa transcendance est au-dessus d'être sujet au temps ou à l'espace, qui ne sont que deux de Ses créatures.

Pour résumer ce que j'ai répondu à la question ci-dessus, les savants prennent les textes fondamentaux du Qoran et de la sunna littéralement sauf s'il y'a une raison pertinente de ne pas le faire. Dans le cas de la « descente » d'Allah ou du fait qu'il serait « dans le ciel », il y a de nombreuses raisons de ce type. Premièrement, une interprétation littérale de ces textes les rendrait incompatibles entre eux, ainsi qu'avec les nombreux textes rigoureusement authentiques sur le fait qu'Allah est « avec » Son serviteur quand il fait du dhikr, « plus proche de vous que votre veine jugulaire » (50 :16), « devant lui » quand il prie, « le plus proche » de lui quand il est prosterné, « dans le ciel » quand on a demandé à la jeune esclave, « avec vous où que vous soyez » (58 :4), etc. Ils sont incompatibles quand on les prend littéralement ensembles, et ne deviennent concordants que si on les prend au sens figuré, comme Malik, al-Awzai, et al-Nawawi l'ont fait plus haut. Deuxièmement le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) a détaillé les croyances que doivent avoir tous les musulmans dans le hadith de Gabriel dans le Sahih Muslim et dans d'autres, et n'a mentionné le fait qu'Allah soit « dans le ciel » (ou nulle part ailleurs) dans aucun d'eux. Troisièmement, le fait qu'Allah, comme les oiseaux, les nuages etc. soit « dans le ciel » dans un sens littéral entre en contradiction avec la 'aqida du Qoran (42 :11).

Quatrièmement, la notion qu'Allah soit dans un des endroits précis entre en contradiction avec la 'aqida exprimée dans dix-sept versets du Qoran : qu'Allah est indépendant de tout besoin, alors que les choses qui occupent des endroits précis ont besoin à la fois d'espace et de temps.

Ces raisons ne sont pas exhaustives, mais entendent répondre à votre question en mettant en lumière la 'aqida et les principes des ulémas traditionnels qui interprètent le genre de textes dont nous parlons. Elles montrent tout simplement à quel point la croyance qu'Allah est dans le ciel dans un sens littéral est éloignée de l'islam traditionnel, et pourquoi il n'est pas admissible qu'un musulman le pense.

Et c'est Allah seul qui accorde le succès.


(http://www.sunnipath.com/Resources/PrintMedia/Articles/AR00000003.aspx)



Article ajouté le 2007-02-16 , consulté 120 fois

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