[Islam] Conseil de la Fatwa (Dar Al Ifta') d'Egypte - Sur le fait de traité Muhyi Ud Dîn Ibn 'Arabî (RA) de mécréant

Mohammad Naguibe Hamed Al-Baz, contenant une photocopie de l'introduction de l'ouvrage de l'Imam Al-'Agloni; "Kachf Al-Khafaa Wa Mozil Al-Ilbas". L'érudit, versé dans la recension de cet ouvrage, dit dans son commentaire qu'il a supprimé du texte original les expressions renfermant les titres d'honneur dont l'Imam Al-'Agloni qualifie l'auteur d'Al-Ftohat Al-Makkeya comme: Le plus grand maître -qu'Allah sanctifie son rang brillant dans l'échelle de la sainteté. Il justifie cette attitude par le fait que les puritains sunnites ont unanimement jugé incrédule Ibn Arabi, l'auteur d'Al-Ftohat. Enfin, il souligne qu'il a cité ce commentaire à la marge pour être fidèle au texte. Le demandeur s'interroge sur la véracité de ce jugement.
Réponse
Le musulman doit garder de traiter quelqu'un de mécréant sans réfléchir pour ne pas s'exposer à la menace citée dans la parole du Prophète (P.B.S.L.): "Si l'homme traite son frère de pervers ou de mécréant, verra retomber sur lui cette accusation, à moins qu'elle ne soit vraie. ". Rapporté par Al-Boukhari d'après Abou-Zar –qu'Allah l'agrée. Le Prophète dit aussi: "Si un homme traite son frère de mécréant, l'un des deux méritera sûrement ce titre". Cité par Muslim d'après Abdullah Ibn Omar - qu'Allah l'agrée.
Les étudiants doivent s'éloigner des méthodes et des courants traitant les musulmans de mécréants, d'innovateurs, de pervers ou d'égarés. A cette époque, ces courants sont répandus entre les soi-disant savants. C'est pourquoi, les étudiants doivent respecter les savants éminents et les vertueux de la communauté. En effet, Allah a mis à l'abri la réputation des Ulémas. Il démasquent sûrement ceux qui les dénigrent et durcit les cœurs de quiconque les diffame car la médisance dirigée contre les bien aimés est l'un des signes de la déception. L'auteur de ces méfaits encourt la colère d'Allah. Dans un Hadith sacré, Allah dit: "quiconque prend Mes bien aimés pour des ennemis se déclare la guerre contre lui."[1]
S'il est bien connu que le fait d'avoir des bonnes intentions à l'égard des musulmans est obligatoire, il le sera davantage à l'égard des bien aimés d'Allah.... L'Imam Al-Nawawi – qu'Allah lui accorde sa miséricorde -, dans son ouvrage intitulé:" Bostan Al-'Arifine", raconte une histoire concernant le Cheikh Abi Al Khayr Al-Tinani (mort en 343 h.), où des faits et des difficiles à admettre en apparence. Il dit: " les soi-disant jurisconsultes qui n'ont rien à voir avec la jurisprudence prétendent qu'il faut récuser la parole d'Abi Al Khayr. Agissant de la sorte, ils s'avèrent alors que c'est une sottise de mal penser aux actes des pieux d'Allah. Que le doué de raison se méfie de ces confusions. Mais; s'il ne comprend pas la signification de leurs adages et leurs mots d'esprit, qu'il les cherche auprès de ceux qui y sont versés.
Tout ce que j'ai vu et en pris connaissance dans ce domaine que l'on juge faussement contraire à la religion, ne l'est pas assurément. Car il faut bien démasquer le vrai sens des propos des bien aimé d'Allah par l'interprétation."
Au demeurant, l'Imam Abou-Bakr Moheiddine Mohammad Ibn Ali Ibn Mohammad Ibn Ahmad Ibn Abdullah Al-Hatemey Al-Ta'ey Al-Andaloussy Al-Dhaherey, connu sous son seul nom d'Ibn 'Arabi, que les Grands Maîtres Soufis surnomme " Al-Cheikh Al- Akbar" (le plus grand maître), "Sultan Al-'Arifine" (le souverain des soufis) et "Khatam Al-Awleyaa" (le dernier bien aimé d'Allah). Il est né le 17 Ramadan, 560h. à Murcie dans le pays d'Al Andalous et mort en 638 à Damas. Il est l'un des grands Imams et des successeurs mohammadiens qu'Allah les a doté à la fois de l'honneur de la science et du degré sublime de la wilaya[2]. Il est l'un des bien aimés d'Allah. Il était jurisconsulte adoptant la doctrine de l'Imam Daoud Az-Zahery. Il confessait la dogme des acharites: les gens de la Sunna et de la Communauté. Il a souligné son dogme dans le prologue de son ouvrage, "Al-Ftohat Al-Makkeya" en écrivant ces vers:
Ce dogme ne contient rien de ce que dicte le mensonge et l'infamie.
Il ne contient pas non plus ce qui contredisent la raison et le Coran.
Il est basé sur le dogme d'Al-Ach'ari qui l'a cité dans ses ouvrages.
Du vivant d'Ibn Arabi, tout comme après sa mort, les soi-disant savants ont attaqué son honneur. Durant sa vie, il leur disait: " le compte sera rendu auprès d'Allah". Puis Allah lui a destiné, à tout temps, ceux qui lui défendent conformément à la parole d'Allah: " Allah prend la défense de ceux qui croient"[3]. L'érudit Magd-Eddine Al-Fayrouzabadi, l'auteur d'Al-Qamous Al-Mohit (mort en 817h.), fait partie de ces défenseurs. Il a écrit un livre intitulé "Al-Ightibat Bemo'alagat Ibn Al-Khayat" pour réfuter les propos d'Ibn Al-Khayat qui accusent Ibn 'Arabi de scepticisme. L'érudit As-soyouti (mort en 911h.) –qu'Allah lui accorde sa miséricorde- prend également la défense d'Ibn 'Arabi lorsqu'il a écrit son épître intitulé "Tanbih Al-Ghabi fi Tabreat Ibn 'Arabi". Dans cette épître, il a rapporté les textes des savants comportant l'éloge fait à l'Imam Moheiddine Ibn Arabi. De ces textes, citons ce qui suit:
Cheikh Al-Islam Charaf-eddin Al-Menawi (mort en 871h.) dit: " celui qui se dresse contre Ibn 'Arabi et le traite de mécréant ne craint-il pas une malheureuse reddition de compte et qu'on lui dit: " est-il prouvé chez toi qu'il est mécréant?" si on dit: " ses ouvrages servent de preuve de sa mécréance".
Est-il sûr qu'on ne lui dit pas: son scepticisme est-il prouvé par une voie agréée de transmission selon laquelle Ibn 'Arabi a dit exactement ce mot et visé son sens courant?
Or, prouver qu'il a exactement dit ce mot est impossible car il n'existe pas de chaîne de transmission fiable servant de preuve de cette allégation. De plus, la propagation de ses ouvrages ne sert à rien à cet effet car si on suppose l'attribution de l'ouvrage à son auteur, il indispensable de prouver que chaque mot appartient à lui puisqu'il est probable qu'un ennemi ou un athée y a inséré ce qui ne fait pas partie de l'ouvrage."
Il en va de même pour le Cheikh 'Abdelwahhab Ach-cha'rani qui, dans son ouvrage intitulé "Al-yawaqyt wal-Gawaher", a exclusivement consacré un chapitre où il a réfuté les accusations que les ennemis d'ibn Arabi ont imputé à ce dernier pour avoir adopté la théorie de la fusion et de l'union. Ach-cha'rani, pour prouver l'innocence d'Ibn Arabi, s'est appuyé sur la parole de ce dernier dans "Al-Ftohat" et dans d'autres ouvrages.
D'ailleurs, beaucoup de ceux qui ont établi la biographie d'Ibn Arabi ont pris la défense de son dogme, tel que l'érudit, le Cheikh Mohammad 'Abdel-Ra'ouf Al-Menawi (mort en 1031 h.) qui dit: " j'ai la conviction ferme que l'Imam Ibn Arabi un homme d'Allah, vertueux et savant sincère. Celui qui n'a pas compris sa parole lui a fait le reproche pour des propos insérés et incompatible avec son mérite dans ses ouvrages."
La biographie d'Ibn Arabi, qu'a établi le Cheikh Ibn 'Imad Al-Hanbali (mort en 1089) dans son ouvrage "Chazrat Az-zahab", est exhaustive. Elle indique la bonne manière qu'on doit adopter envers les hommes proches d'Allah qui consiste à bien interpréter leur discours implicite qu'on leur attribue. Al-Hanbali dit: "à l'intérieure de ses ouvrages, il y a pas mal d'expressions équivoques. Ces expressions ont poussé ceux qui ont de mauvaise pensée d'Ibn Arabi à lui tourner le dos. Ils n'ont pas suivi l'attitude des autres érudits scrupuleux et des Imams éminents. Le sens exotérique de ces expressions ne constitue pas le sens visé, car il réside dans des questions sur lesquelles se sont accordés les savants tardifs des gens de la voie pour les protéger contre les allégations des mensongers. Ils se sont accordés sur l'utilisation de ces expressions équivoques comme symbole du sens voulu puisqu'on ne peut exprimer le sens visé.
De plus, un groupe de grands savants et des Mujtahids ont fait l'éloge du "Al-Cheikh Al Akbar" en reconnaissant son savoir profond, son mérite et son degré de Wilaya. Parmi ces savants nous citons: l'auteur d'Al-Qamous Al-Mohit: l'Imam Magdeddine Al-Fayrouzabadi, Serageddine Al-Makhzoumi, Kamaleddine Ibn Al-Zamalkani, Kotbeddine Al-Hamawi, Salaheddine Al-Safadi, Chehabeddine Omar As-sahrordi, Kotbeddine Ach-chirazi, Mo'ayededdine Al-Khagandi, l'Imam An-nawawi, l'Imam Fakhreddine Al-Razi, Al-Yaf'i, Badreddine Ibn Gama'a, Serageddine Ibn Al-Bolquini, Taqueyeddine As-sobkey, Al-Hafez As-seyouti, Ibn Kamal Pacha et beaucoup d'autres.
L'érudit, l'Imam Cheikh Al-Islam Al-'ez Ibn Abdel-Salam –qu'Allah lui accorde sa miséricorde – qui, au départ, avait des reproches à l'encontre d'Ibn Arabi, mais conscient de son mérite, il l'a avoué et a changé d'avis à son égard tout en déclarant que l'Imam Moheiddine était le pôle de son temps.
En conclusion, les allégations rapportées dans la question n'ont aucun fondement. En vérité, les savant sunnite qui n'ont pour souci que la vérité s'accordent tous sur la majesté de l'Imam Moheiddine Ibn Arabi et sa maîtrise dans tous les domaine de la connaissance et uniquement son rang élevé en matière de Wilaya. Le reproche qu'on a fait à son encontre tient son origine de son discours immergé de symbole. On a adressé les reproches à celui qui lit les Ouvrages d'Ibn Arabi sans suivre sa voie spirituelle de peur qu'il comprenne mal les visés d'Ibn 'Arabi–Qu'Allah lui accorde sa miséricorde. Le musulman ne doit pas s'exposer à la colère d'Allah en faisant des reproches aux gens d'Allah. Que chacun se garde de le faire car chacun se suffit à lui même.
[1] Hadith rapporté par Al-Boukhari d'après Abou Horayra - qu'Allah l'agrée.
[2] Degré de celui qui est sous la protection d'Allah.
Article ajouté le 2008-01-08 , consulté 148 fois
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