Le Tafwîd des Salaf Us Sâlih (Ash Shahrastanî)


Al Imâm Muhammad Ash Shahrastanî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

« Les Anciens (Salaf) qui se recrutaient parmi les transmetteurs des Ahâdîth, voyant les Mu'tazilites s'enfoncer à corps perdu dans la théologie et dans l'opposition opiniâtre qu'ils faisaient à la tradition reçue des quatre premiers Califes (au point que ceux-ci n'hésitaient pas à prendre le parti des 'Umayyades sur la question du libre-arbitre, et celui des 'Abbâssides sur celle des Attributs Divins et du Qur°ân créé), ces mêmes Anciens (Salaf) donc se sentirent tourmentés par le désir de fixer une fois pour toutes la doctrine des Ahl Us Sunnah wa Al Jamâ'ah, doctrine qui devait porter sur les versets coraniques susceptibles d'une interprétation allégorique, ainsi que sur les traditions transmises à partir du Prophète.

 

Des hommes comme Ahmad Ibn Hanbal et Dâwud Ibn 'Alî Al lsfahânî, avec un groupe de Savants parmi les Ahl Us Sunnah, étaient d'avis qu'il fallait s'en tenir strictement aux méthodes des anciens Traditionnistes ; ils citaient parmi eux Mâlik Ibn Anas et Muqâtil Ibn Sulaymân. En cela, ils se conformaient, les uns comme les autres, à l'attitude qui est celle de la réserve pieuse (at tafwîd), se contentant de déclarer : « Nous croyons à tous les textes qui figurent dans le Livre (Kitâb) et dans la Tradition (Sunnah), mais nous ne nous hasarderions pas à en donner une interprétation allégorique, car il est deux choses que nous savons d'une façon catégorique : la première est qu'Allah ne ressemble à aucune de Ses créatures ; la seconde est qu'Il n'est point dans notre esprit de représentation dont Il n'ait Lui-Même la création et la détermination. »

 

Mais tout cela ne les empêchait pas de se garder de l'anthropomorphisme, à tel point qu'ils n'hésitaient pas à prononcer les sentences suivantes : celui qui en récitant le passage du Qur°ân : « J'ai créé de Mes deux mains » [Sûrah 63 – Âyah 75] se permettrait de remuer la main ou qui, en transmettant la hadîth qui dit : « Le cœur du croyant est entre les doigts du Miséricordieux », ferait seulement un geste de la main, cet homme mériterait, dans le premier cas, de se voir couper la main et, dans le second, de se faire arracher les doigts. La raison, ajoutaient-ils, qui nous a amenés à rester sur l'expectative en ce qui concerne l'explication de ces versets, est double ; la première est l'interdiction formelle qui nous en a été faite par la Révélation en ces termes : « Quant à ceux dont le coeur a un mauvais penchant, ils suivent les versets où l'équivoque est possible, tant est grand leur désir de trouble et d'explication forcée. Or, l'explication véritable est aux mains d'Allah et de ceux qui sont affermis dans la science ; ceux-là disent : « Ô Seigneur, nous avons cru en tout ce qui nous vient de notre Seigneur » [Sûrah 3 – Âyah 7]. « Nous ne voulons pas appartenir - disaient-ils - à ceux dont le cœur a un mauvais penchant ». La seconde raison de leur attitude résidait dans ce fait que l'exégèse allégorique est, de l'avis de tous, le domaine de l'opinion et que tout essai d'explication des Attributs Divins, fondé sur l'opinion pure et simple, se trouve être illicite. En conséquence, il est toujours possible d'interpréter un verset selon une intention qui n'est pas celle du Créateur, ce par quoi on donne dans ce penchant mauvais contre lequel le Coran met en garde.

 

Le parti le plus sûr est donc d'agir comme « ceux qui sont affermis dans la science » et de dire comme eux : « Seigneur, nous croyons en tout ce qui nous vient de Toi ». Cela revient à croire en la lettre du Qur°ân et à donner un assentiment global à son sens caché, en s'en remettant à Allah du reste, dont la connaissance n'est point d'obligation légale, puisqu'un semblable savoir ne fait pas partie des conditions suffisantes et essentielles de la foi.

 

Ces hommes ont même poussé le scrupule jusqu'à s'abstenir de prononcer, dans une phrase persane, les mots : « yad », « wajh », « istawâ 'alal 'arsh » et toutes expressions similaires, de sorte que si en conversant dans cette langue ils avaient besoin de mentionner ces concepts, ils s'en tenaient à des expressions qui étaient un strict reflet du mot à mot du texte arabe. C'est là ce qu'ils appellent le parti du tafwîd, et l'on voit qu'il n'a rien à voir avec l'anthropomorphisme proprement dit. »

 

Fin de citation.

 

Source : Al Kitâb Al Milal wa An Nihal de l'Imâm Muhammad Ash Shahrastanî (qu'Allâh lui fasse miséricorde).



Article ajouté le 2009-07-19 , consulté 29 fois

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