Y a-t-il une différence entre la Croyance Hanbalite et Atharite ? (Al Ikhwân Ut Tawhîd)
Il y existe une certaine différence entre la croyance des Hanbalites et la croyance des Atharites.
Les Hanbalites sont un corps de juristes (fuquhâ) issu de la méthodologie juridique de l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal Ash Shaybânî (qu'Allâh l'agrée). Au sein de ce groupe, comme pour toute école juridique, chaque juriste choisissa sa méthodologie dans la croyance.
Un très grand nombre d'entre eux (qui représente la majorité des Hanbalites à travers l'histoire) adhérèrent à la méthodologie de l'Imâm Ahmad, qui était également celle de la majorité des Salafs, c'est-à-dire celle consistant à adopter la croyance des Ahl Us Sunnah et de pratiquer le Tafwîd sur les paroles ambigües issues des Textes Sacrés avec insistance, sans pour autant délaisser complètement leur interprétation lorsque cela s'avèrait nécessaire, notamment lorsque réfuter une hérésie séduisant les foules devint obligatoire afin de ramener la masse populaire dans la bonne croyance. Leur croyance est identique à celle des Ash'arites et des Mâturîdites mais ils ne partagent pas leur méthodologie et leur pratique parfois excessive du Kalâm. Ce sont eux que l'on nomment les Atharites, on les appellent également les Hanbalites éclairés ou bien-guidés, ou encore les Mufawwidûn (les partisans du Tafwîd). Les savantissimes Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah Al Maqdisî (620), Majd Ud Dîn Ibn Taymiyyah (652), 'Abd Ur Rahmân Ibn Rajab Al Hanbalî (795) ou encore Muhammad Ibn Humayd An Najdî (1295) figurent parmi eux. L'Atharisme n'est cependant pas considéré comme une école mais plutôt comme une approche particulière de la croyance Islâmique, car dépourvu de structure et de fondements précis contrairement aux écoles Ash'arites et Mâturîdites.
D'autres encore adhérèrent à l'Ecole extrêment répandue et suivie par les savants de tous bords parmi les Ahl Us Sunnah en devenant Ash'arites. C'est le cas du spécialiste des Usûl Hanbalites Najm Ud Dîn At Tûfî (716) ou encore de l'Imâm Muhammad Ibn Muhammad As Sa'dî (900). Mentionnons cependant que ce corps de ce savant est assez minoritaire au sein du Madh-hâb Hanbalite.
Une partie importante des Hanbalites sombra malheureusement dans l'Anthropomorphisme (At Tahsbîh), voir dans le Corporalisme (At Tajsîm), suite à un Tafwîd extrêmement mal compris et une inclinaison vers la pervertion. Ce sont les Hashwiyyâ. Abû Bakr Al Khallal (311), Al Hasan Al Barbahârî (329) et Abû Ya'lâ (459) en sont les éminents partisans. Plusieurs branches existent au sein de cette secte avec un égarement plus ou moins important. Leurs ancêtres sont les Karrâmiyyâ. Aux alentours du 5ème siècle, ils devinrent majoritaire au sein du Madh-hâb Hanbalite selon certains savants, ou, selon d'autres, faillirent le devenir. Malheureusement pour eux, l'érudit 'Abd Ur Rahmân Ibn Al Jawzî passa leurs hérésies en revue et les réfuta point par point jusqu'à les faire tomber les uns après les autres, mentionnons à ce titre sont fabuleux Daf' Shubah Ut Tashbîh qui fut une véritable épreuve pour les Anthropomorphistes. Il rétablissa ainsi l'honneur du Madh-hâb en le débarrassant des hérésies devenues courantes chez les savants Hanbalites de l'époque et en remettant le Sunnisme au premier plan. Cependant, Ahmad Ibn Taymiyyah (728), appuyé par Ibn Al Qayyîm (751) et une poignée de disciples, remirent l'anthropomorphisme au goût du jour. Cet anthropomorphisme était légèrement différent de celui des Hashwiyyâ, plus modéré, bien que cependant assez proche. Il fut combattu intensivement par les Atharites et les Ash'arites de leur époque ce qui permis au Madh-hâb d'être protégé d'un éventuel retour massif de l'anthropomorphisme dans ses rangs. Le mouvement wahhâbite fondé au 18 ème siècle par Muhammad Ibn 'Abd Ul Wahhâb est basé sur cette croyance eronnée prônée par Ibn Taymiyyah et ses compagnons.
D'autres savants du Madh-hâb Hanbalite sombrèrent dans l'I'tizâl (le Mu'tâzilisme). Leur nombre est plus restreint que celui des anthropomorphistes mais reste cependant non négligeable.
Enfin, d'autres Hanbalites ne suivaient aucune de ces voies en adoptant une méthodologie qui leur était personnelle mais avaient quand même une croyance identique à celle des Atharites et des Ash'arites. Tel est le cas par exemple de l'Imâm 'Abd Ur Rahmân Ibn Al Jawzî (597) dont la croyance est identique à celle des Ash'arites et des Atharites (ce qui ne l'empêcha pas de s'attaquer à la méthodologie de quelques savants Ash'arites vis-à-vis desquels il ne partageait pas toujours les opinions sur des sujets mineurs de la croyance islâmique, ces sujets où celui qui se trompe ne tombe pas dans l'égarement vu leur non-importance. Le recours insistant au Kalâm chez certains savants le rebouttait également). Les Imâms 'Alî Ibn 'Aqîl (513), 'Abd Ul Qâdir Al Jîlânî (561) ou encore Muhammad As Saffarînî (1189) étaient également de ces Hanbalites à la croyance identique à l'Ash'arisme sans pour autant adopter avec exactitude la méthodologie Ash'arite.
Nous pouvons donc dire qu'en conclusion il existe une différence entre l'Atharisme et le Hanbalisme bien que tous deux soient étroitement liés de par le fait que les Atharites se réclament de la méthodologie de l'Imâm Ahmad ainsi que par le nombre considérable de savants Hanbalites ayant choisis la voie de l'Atharisme dans l'abord de la croyance islâmique.
Al Ikhwân Ut Tawhîd.
